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Full text of "Anecdotes sur les décapités."

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ANECDOTES 



SUR 



LES DÉCAPITÉS. 



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no. I 



ANECDOTES 

SUR 

LES DÉCAPITÉS. 



*/*<■■ ' '•> 






A PARIS, 

Chez J. F. Sobry , Imprimeur , rue du Bacq P 
passage Ste-Marie , 1\*. 14g. 

Et chez tous les marchands de nouveautés. 

■n— ■ ■———■■ ■ m — ■ — — — 

An V de la république. 



L E T T R E 

A M. B... N 

Membre de l'Institut national , et du Conseil 
de santé. 



J E cède avec plaisir à vos instances , Monsieur , et 
vous envoie le résultat de notre conversation d'hier. Je 
regrettois avec vous qu'une question piquante par sa 
singularité eût été traitée , il y a quelques mois , dans 
les journaux, avec autant de légèreté que le sujet le 
plus frivole : je regrettois qu'aucun homme instruit ne 
l'eût jugée digne de ses recherches :je regrettois enfin 
qu'elle fût tombée , sans laisser aucune trace utile à 
l'instruction. 

Les décapités conservent ~ ils encore , et peuvent -ils 
conserver quelques restes d'idées et de sentimens ? Tel 
étoit le problême à résoudre. D'une part, on ne s'est 
étayé que d'un fait équivoque , et de l'autre , on a op- 
posé d'un ton très-décisif des raisons peu concluantes. 
On pouvoit dans cette discussion rappeler bien d'autres 
faits extraordinaires, anciens et modernes, qui se trouvent 



(6) 

épars dans des ouvrages connus de tons les savans. Ce 
sont defc têtes qui ont parlé •: des troncs qui ont marché : 
des cadavres destitués de tout mouvement organique, 
et qai donnent encore des signes d'affection et de 
passion. Quand tous ces faits sëroient douteux, quand 
ils sëroient même faux , quand ni le tronc, ni la tête, 
ni le cadavre n'auroient jamais manifesté , par aucun 
signe certain, des vestiges d'idées , de sentimens ou de 
passions , il seroit permis encore au sage de douter , 
si , du moins pendant quelques instans, il n'en subsiste 
réellement aucun. Je n'entreprens point de décider une 
question aussi délicate et aussi difficile: je me borne à 
rappeler quelques uns des faits les plus singuliers. 

L'Iliade et le théâtre d'Athènes en offrent d'abord 
plusieurs : je les omets , parce qu'ils sont moins des 
phénomènes que des fictions , et qu'ils appartiennent 
plutôt à l'art qu'à la nature. Les tableaux des poètes 
ne doivent pas être soumis à une froide et sévère ana- 
lyse. Ouand Corneille nous décrit l'offrande faite à 
César de la tête de Pompée: 

Il semble qu'à parler encore elle s'apprête, 

Qu'à ce nouvel aiFront, un reste de chaleur 

En sanglots mal formés exhale sa douleur; 

Sa Louche encore ouverte, et sa vue égarée, 

Rappellent sa grande ame à peine sépmve ; 
. Et son courroux mourant fait un dernier effort 

Pour reprocher aux dieux sa défaite et sa mort; 

Oui seroit assez inepte pour contester à Corneille la 



(7) 

vérité de ce fait , et démentir anatomiquement son 
récit? Ainsi qu'un poète nous peigne une jeune héroïne 
pour prix de son courage conduite à I échajaud, sa tète 
sanglante outragée par la main la plus vile , et les muscles 
de cette tète contractés par l'irritation de cet odieux 
attentat, il accroîtra, par cette image, et notre admi- 
ration pour la victime, et nctre indignation contre ses 
bourreaux. Mais il n'est pas ici question des briltaris 
mensonges de la poésie, et nous devons chercher des 
faits plus authentiques. 

Un Anglois s'est pendu ( 1 Jpour juger par lui-même 
de l'effet de ce supplice : il put en faire impunément 
Fessai, parce qu'il avoit eu la prudence de placer du 
secours à ses côtes. Il nous apprit à son retour qu'il 
n'avoit éprouvé aucun sentiment douloureux: mais il 
est plus aisé de couper une corde à propos , que de 
rajuster une tête. Cette dernière expérience a pourtant 
été tentée : elle Ta été par le collège des médecins et 
chirurgiens de Prague, (q) en présence de tout uii 
peuple, et précisément pour sç avoir s'il étoit pos 
de retenir l'ame fugitive , et de prolonger la vie ( 
ques instans api es le coup fatal. Le sujet étoit ; 
homme condamné , pour ci ime . à être décapité. A peine 
il fut exécuté, que les chirurgiens arrêtèrent 
astringens le sang qui jaillissoit du tronc : d'au:: es 
avoient soutenu la tête , la replacèrent sur sa base avec 
toute la justesse et la dextérité possibles , vertèbre sur 
vertèbre, nerfs sur nerfs , artères si 
fut enveloppée dans ion contour , de coroj . . . assn- 



(8) 

jéties avec appareil : enfin on approcha des narines du 
patient des liqueurs spiritueuses et volatiles. La tête 
alors parut se ranimer : On apperçut un mouvement 
sensible dans les muscles du visage et de la nictation 
dans les paupières. Un cri de surprise et d'admiration 
se fait entendre , on lève le jeune homme avec pré- 
caution , on le conduit très-doucement dans la maison 
voisine , où après avoir donné quelques légers signes 
de vie , il expire. Ce fait me paroît bien avéré : mais 
il me semble que l'expérience a été très -mal faite, 
et les précautions fort mal combinées. 

Les annales du Nord me fournissent un autre exemple, 
dont les circonstances exigent quelque détail. Vous 
savez comment Odin et ses compagnons , forcés de 
céder aux armes victorieuses des Romains , quittèrent 
les bords du Tanaïs 9 se réfugièrent en Norvège , et 
y établirent une domination toute guerrière. Les des- 
cendans à' Odin et ceux des Ases se partagèrent les 
premières conquêtes , en firent de nouvelles , se les 
disputèrent, se les arrachèrent, et pendant dix siècles 
ne furent connus que comme des pirates infiniment 
redoutables à leurs voisins. Au milieu de ces féroces 
guerriers , on vit naître une république étonnante par 
ça forme et ses institutions , la république des Joins- 
burgs (3), Palnaîoko lui donna des lois plus rigides que 
celles de Lycurgue , et exalta le courage de ses con- 
citoyens , peut-être au dernier période où l'homme 
puisse atteindre. Il étoic sévèrement défendu à tout 
jomsburg de proférer un seul mot timide, de'jetter 



(9) 

le moindre cri plaintif , de donner le plus léger signe 
de douleur , au milieu des plus grands périls et. des 
tourmens les plus cruels. Dès leur enfance , les Joins- 
burgs étoient exercés à recevoir des coups violens sur 
le visage, sans remuer les paupières, sans sourciller. 
Ces intrépides républicains déclarèrent la guerre à 
Haquin , comte de Norvège , et furent vaincus. Ils 
furent vaincus , non par la force des armes de leur 
ennemi , mais par ses prestiges et par la fureur des 
élémens conjurés. Haquin , fier de sa victoire, fit couper 
la tête aux prisonniers , par Thorliîll , un de ses officier?. 
Le courage froid et tranquille avec lequel ils reçurent 
la mort, leurs dernières actions, leurs dernières paroles, 
ont réellement quelque chose de surhumain : " J'ac- 
„ cepte la mort avec joie, dit à son bourreau le qua- 
„ trième prisonnier, elle sera le commencement de 
„ mon bonheur : mais coupe-moi, je te prie, la têïe 
„ lestement et d'un seul coup ; car depuis long-tems , 
„ entre-nous, nous disputons à savoir s'il reste quelque 
„ vestige de sentiment, après qu'elle est abbatue : tu 
,, vois ce couteau que je tiens dans ma main , si je 
„ te l'offre à l'instant où ma tête tombera , le senîi- 
„ ment chez moi ne sera pas entièrement éteint ; mais 
„ s'il m'échappe , c'est qu'il n'en existera pi us une 
„ ombre. „ Jorhiil ramasse ses forces, assène le coup, 

la tête du prisonnier tombe et le couteau 

échappe de ses mains. 

Voici un autre fait arrivé , dit-on , à Munich en 
Bavière, l'an *3 3 7 (4). Un paitisan nommé Théodoric 



(10} 

Schawembourg fut pris avec quatre de ses associés , et 
tous cinq furent condamnés à être décapités. Déjà ils 
étoient à genoux, prêts à subir leur supplice , lorsque 
Schawembourg s'adressa au juge, et le pria de faire 
ranger devant lui ses compagnons de file et à la dis- 
tance de huit pieds l'un de l'autre. " Dès que je serai 
„ décapité , lui dit-il , si mon corps peut se redresser 
„ sur ses pieds, et, en avançant quelques pas , atteindre 
,, le premier de mes camarades , daignerez-vous lui 
„ accorder sa grâce ? „ Le juge ne crut pas risquer 

beaucoup, il promit " Mais si je puis atteindre le 

„ second, le troisième, le quatrième, voudrez - vous 
„ bien leur accorder la même faveur? „ Le juge assura 
qu'il l'obtiendroitde la clémence de l'empereur. Le parti- 
san satisfait , dit qu'au moins en mourant il emportoit l'es- 
poir de sauver ses quatre camarades. Il appuie sa tête sur 
le billot, reçoit le coup mortel , sa tête roule; mais 
au grand étonnement du juge et des spectateurs , le 
corps se lève, marche, avance, dépasse le premier, 
le second , le troisième , le quatrième de ses complices , 
et tombe. On rapporte le fait à l'empereur qui tient 
3a parole qu'a donnée son juge , et absout les quatre, 
criminels. ' 

Peut-être allez-vous reléguer cette anecdote au rang des 
pieuses fables imaginées par les légendaires. Surlus (5), 
par exemple , nous raconte que St. Procule , décapité 
à Bologne, porta sa tête jusqu'au lieu où est actuel- 
lement bâtie son église. On a écrit de St. Denis ïarco* 
pçgite , qu'il porta la sienne dcpiÙ3 Montmartre., jus- 



( II ) 

qu'au bourg célèbre auquel il a donné son nom. On 
en a dit à-peu près autant de St. Alban , de St. Sym- 
phorien ,• de St. Félix, etc. Personne aujourd'hui n'ajoute 
foi à ces mystiques apologues, et d'autant moins que 
d'habiles critiques nous ont dévoilé l'origine de ces 
erreurs. Les peintres et sculpteurs ^ dans les tableaux 
des martyrs, plaçoient toujours auprès d'eux quelqu'at- 
tribut qui les caractérisât et les fît reconnoître : c'étoit 
ordinairement l'instrument de leur supplice ; ainsi on 
reconnaît St. André àlaforme de sa croix, St. Etienne 
à un amas de cailloux, St. Laurent à ungiil, Ste. Cathe- 
rine r. une roue , etc. Par la même raison , on pcî- 
gnoit les décapités avec un glaive à leur côté , ou 
bien avec leur tête entre les mains : de-là quel 
ignorans se sont persuadés , que par un miracle de la 
toute-puissance divine, et pour faire éclater l'inno- 
cence de ces témoins de la vérité, ils avoient ainsi 
marché, avec leur tê:e entre les mains. 

Trilheme, duquel j'ai emprunté l'anecdote de Scha- 
wembourg , quoiqu'assez crédule , ne doit pas être 
confondu avec les Surius , les Métaphraste , les Vora- 
gine : cependant je ne garantirois pas son récit. Aristotc , 
comme vous le verrez tout-à-1'heure , croit à la possibilité 
d'un tronc ambulant. Jen'ai pas besoin d'ajouter que la 
foule de ses commentateurs, et sur-tout Averroès , ne se 
sont pas permis de la révoquer en doute ; mille auteurs 
plus récens , philosophes , médecins , anatomistes , l'ont 
également soutenue. 

Le chancelier Bacon , dans son Histoire de la vie ci de 



( i'O 

la mort (6) , prouve cette possibilité par l'exemple des 
oiseaux , des reptiles et des insectes : il dit avoir vu un 
homme auquel on avoit arraché le cœur , supplice dont 
on punissoit les traîtres en Angleterre 5 et ce cœur jette au 
feu , bondir pendant sept à huit minutes , à un pied et 
demi d'élévation d'abord ; puis les bonds décroissant 
insensiblement, jusqu'à ce que l'ardeur du feu péné- 
trant ce viscère , eût anéanti son élasticité. Il en cite 
un autre , qui , le cœur arraché et dans la main du 
bourreau , eut la force d'articuler plusieurs mots. 

Septalius ( 7 ) affirme qu'un paysan ayant coupé la tête 
à un Espagnol endormi, le corps de l'Espagnol se leva, 
tira son épée , la brandit deux ou trois fois et tomba. 
Diemerbro'éck ( 8 ) rapporte comme témoin oculaire , 
qu'à Leyde un assassin condamné à être décapité , se 
mit à genoux , fut exécuté : mais qu'à l'instant il se 
releva et resta quelque tems debout. S'il est vrai , 
comme on l'a dit plaisamment, qu'en pareil cas il n'y 
a que le premier pas qui coûte , pourquoi Schawem- 
bourg n'auroit-il pas dépassé ses quatre camarades? 
Vous venez de voir des corps sans têtes qui ont 
marché ; entendez maintenant parler des têtes sans 
corps. 

Je n'ai pas le courage de vous alléguer celle d'Orphée , 
qui, séparée de son corps depuis six cens ans , aborde 
à Lesbos et rend des oracles : non plus celles du 
fils de Poîycrile , et du préfet Pub/lus , qui prophé- 
tisent aussi. Les garans de ces merveilles sont par trop 
décriés ( g ). 



(i3) 

Mais le prince des philosophes , Aristote , a traité 
sérieusement cette question ( 10). D'abord il hésite à 
croire, ce qu'on disoit communément de son tems, que 
des guerriers frappés au cœur, noient en expirant. Ce 
préjugé vulgaire lui paroît pourtant moins incroyable, 
que des paroles articulées par des têtes séparées de 
leurs corps. " Les partisans de cette opinion, dit-il, 
„ l'appuient sur un vers d'Homère. 

Et sa tête en parlant , roule sur la poussière. 

,, or l'expression du poète est amphibologique , et ils 

„ l'interprètent sans raison à leur avantage : le véri- 

„ table sens est , que l'homme parloit encore au mo- 

„ ment où sa tête vole et roule sur la poussière. Les 

., Cariens , continue ce philosophe , ne doutoient pas 

„ qu'une tête tranchée ne pût parler : car un prêtre 

„ du Jupiter armé ayant été assassiné , et sa tête sé- 

„ parée de son corps , des témoins déposèrent avoir 

,, entendu ces mots sortir de sa bouche : J'ai été 

„ assailli par un homme , Cercidas nia tué. On s'en- 

,, quit dans le voisinage , s'il y existoit quelqu'un qui 

„ portât ce nom: on découvrit un Cercidas : il fut pris, 

„ traduit devant les juges , convaincu et condamné. 

„ Cela est impossible, dit Aristote, parceque la voix 

,, vient des poumons , et il n'existe plus de corres- 

„ pondance dès que l'artère est coupée. D'ailleurs 

„ chez les barbares , qui tranchent les têtes avec une 

„ prestesse étonnante , on n'a jamais ouï dire qu'au- 

„ curie de ces têtes ait rien articulé. Les animaux que 

( * ) Iliad. lib. 10 , vers 448. 



(14) 

, dans les boucheries on égorge chaque jour en grand 
, nombre , ne font non plus entendre aucun cri , dés 
, que le couteau du boucher leur a coupé la jugu- 
, îaire. Mais si la tête séparée ne peut pas parler , il 
, n'est point impossible que le tronc se meuve et 
, marche , ect. „ 

L'ouvrage que je viens de citer à'Aristote , n'est 
point un de ceux qu'on abandonne à la poussière des 
collèges : il est un des plus estimables et des plus es- 
timés de ce philosophe. Les raisons d'ailleurs dont il 
appuie son sentiment , me paroissent d'une telle évi- 
dence , que je n'hésite point à regarder comme apo- 
criphes tous les faits qui les démentent. 

Orderîc Vital nous dit gravement (n) que le comte 
de Galles prêt à être décapité , obtint de ses bour- 
reaux la permission de réciter le Pater noster : il 
commença: mais après ces mois, et ne nos inducas 
in tentationem , l'exécuteur impatient lui trancha la 
tête : la tête abbatue poursuivit et prononça distinc- 
tement , sed libéra nos àmalo. Amen. 

Guillaume de Malmesbury raconte que les Danois 
ayant coupé la tcle au roi Edouard (iq), ils jettèrent 
cette tête dans un hailier qu'ils couvrirent de ronces. 
Les Anglais la cherchèrent pour l'ensevelir avec le 
corps , et lui rendre les honneurs funèbres. Leurs re- 
cherches eussent été vaines , si la tête elle-même ne 
les eût appelés. Ils vinrent donc à sa voix , et furent 
émerveillés de touver auprès du corps un loup , qui 
ayant oublié sa férocité 9 sembloît veiller à la garde de 



(M ) 

ce corps. Ce n'est pas tout ; le loup suivit modeste- 
ment le convoi , jusqu'au lieu de la sépulture, sans 
attaquer ni être attaqué par qui que ce fût. 

J'ai honte de copier des fables si ridicules : j'indique 
en note(i3) à ceux qu'elles pourroient amuser , quel- 
ques recueils, où l'on en trouve une ample collec- 
tion. 

Marc Marci de Kronland , médecin célèbre* et pro- 
fesseur à Prague, le même dont JBalbinus avoit appris 
l'expérience que j'ai rapportée , est auteur d'un livre 
singulier, qui a pour titre : philosophiez vêtus restituta; 
il y établit en principe (14) quun membre peut être, 
privé de sentiment et de vie , le reste du corps étant 
parfaitement animé : et réciproquement f quun corps 
étant frappé de mort , le sentiment et la vie peuvent 
exister dans un seul membre. Il applique ce principe 
à notre question; cite deux faits bisarres de têtes par- 
lantes; les nie, par la raison évidente, que les nerfs 
recurrens étant coupés , l'animal est nécessairement sans 
voix. Cependant il ajoute un troisième fait, qui lui 
paroît hors de doute , et qui détruit la raison même 
dont il s'étoit servi pour réfuter les deux premiers. Une 
certaine Lucrèce d Ancone{ i5 ) femme d'une délicatesse 
excessive , fut condamnée, pour crime, à perdre la tête: 
sa tête détachée du tronc prononça trois fois le nom 
de Jésus. Marc Marci prétend prouver et son prin- 
cipe général , et ce fait particulier " par les idées sé- 
M minales , qui constituent les parties et le tout du 
w corps organique 5 qui maintiennent ce tout et ces 



( *6) 

;, parties , tant que subsiste leur aggrégation élémen- 
„ taire : et qui , par conséquent conservent, les facultés 
„ et propriétés essentiellement inhérentes à ces mêmes 
„ parties. „ Vous reconnoîtrez aisément dans ce gali* 
mathias , la doctrine de Paracelse et de Van-Helmont. 
Je me suis permis d'en parler , parceque cette doc- 
trine a encore aujourd'hui nombre de sectateurs secrets, 
qu'il seroit intéressant de détromper ou de démasquer. 
C'est un travail dont je m'occupe, et que peut-être 
je ne tarderai pas à publier. 

Je finis par un fait qui n'a ni l'invraisemblance , ni 
le ridicule des autres, celui de l'infortunée reine d Ecosse : 
sa tête détachée (16) ne proféra aucun son; mais on 
vit le mouvement répété de ses lèvres, comme si elle 
eût parlé. Il n'est pas probable que ce fut un mou- 
vement convulsif : les spectateurs les plus éclairés 
présumèrent que c'étoit un dernier effort de la nature 
expirante , qui réïtéroit la prière qu'elle avoit déjà pro- 
noncée trois fois , avant de recevoir le coup mortel. 

Un phénomène plus étonnant que tout ce que vous 
venez de lire , dont on cite des exemples de la plus 
haute antiquité , qu'on soutient s'être reproduit mille 
et mille fois dans tous les siècles , que personne , il y 
a cent cinquante ans , n'osoit presque révoquer en 
doute , et qui a un rapport évident avec la question 
présente, c'est la cruentaîion des cadavres (17). Je ne 
m'y arrête pas , pour ne point excéder les bornes 
d'une simple lettre. Mais que conclure de tous ces faits 
que je viens de vous rapporter? Loin de les donner 

comme 



( i7) 

comme incontestables , je ne me rendrois pas le garant 
d'un seul : il en est quelques-uns pourtant qui ont 
tous les caractères de la vraisemblance et de la vé- 
rité : je desirerois donc qu'ils fissent naître des doutes , 
et inspirassent à quelqu'un plus habile que moi , la 
pensée d'examiner cette question dans toute son éten- 
due. Depuis la réunion des hommes en société , le 
glaive de la justice et le cimetère des guerriers on£ 
abbatu des têtes innombrables : il seroit bien extraor- 
dinaire , que toutes ces victime? fussent tombées avec 
l'uniformité des épis sous la faulx du moissonneur. Je 
conçois fort bien que les mouvemens (*) anastatiques 
observés dans quelques-uns 5 après le coup destructeur 
de l'organisation , ne prouvent point qu'il survive au- 
cun sentiment moral : mais aussi , qui oseroit pro- 
noncer , que ce sentiment est absolument anéanti? Oui 
oseroit prononcer, que ces mouvemens sont purement 
automates , et nullement spontanés ? qui oseroit affir- 
mer , que le vouloir fut éteint chez le jeune Jomsburg 9 
à l'instant même où sa débile main laissoit échapper 
le couteau ? Le moment précis qui unit les deux subs- 
tances , et le moment qui les sépare , nous sont égale- 
ment inconnus. Sans être préoccupé des anciennes 
chimères sur la révolution des âmes et sur les mânes 
errans : sans renouveller les hypothèses ingénieuses, 
mais décriées des idées archétypes et des jormes plas- 
tiques ,(18) il est permis , ce me semble , d. douter si les 

(*) Ce mot exprime et siguifie l'action de se relever. 



( i8 ) 

facultés intellectuelles et morales ne sont pas tellement 
unies aux facultés vitales , qu'elles ne se séparent et 
ne s'éteignent qu'à la fois , et à la cessation absolue 
du méchanisme de l'irritabilité. Je n'adopte aucun récit 
de têtes parlantes; parceque dans la décollation, les 
organes de la voix sont disjoints : j'aurois beau pro- 
mener mes doigs sur un clavier , l'instrument ne ren- 
dra pas de son , si les cordes en sont rompues. Peut-être 
un habile anatomiste pourra , par des raisons aussi pal- 
pables, me démontrer l'impossibilité des mouvemens 
volontaires; et, il aura réfuté tous les faits que j'ai, 
cités, celui même de Maiie Stuart : mais il ne m'aura 
pas pour cela démontré , que la pensée n'existe plus ; 
il ne m'aura pas démontré , que le sentiment est anéanti : 
il ne m'aura pas démontré, que le même coup qui 
divise les parties , rompt aussitôt l'incompréhensible 
nœud qui unit les deux substances. Or ce doute est 
suffisant pour proscrire irrévocablement le détestable 
instrument des fureurs de nos modernes tyrans. Ils 
l'ont préféré , parcequ'il étoit moins lent à assouvir la 
r.ige inhumaine qui les dévoroit. Plus Barbares que 
Tomyris , c'étoit avant la mort , qu'ils plongeoient la 
bouche et les yeux de leurs victimes dans des flots 
de sang. Puisse-t-il cet odieux instrument, avec son 
horrible appareil , et le nom des monstres qui l'em- • 
ployèrent , être à jamais enseveli dans les abîmes de 
l'oubli. 

Paris , 2.5 brumaire. 

A UB ERIVE, 



( 19) 

Nota. Quelques personnes auxquelles on a communi- 
qué cette lettre , ont désiré qu'elle fût imprimée , qu'on y 
joignît le texte des citations , et qu'on développât 
quelques opinions qui n'y sont qu'énoncées. Les notes 
qui suivent , satisfont aux deux dernières demandes. 



NOTES 

ET TEXTE DES CITATIONS. 

(i). Le chancelier Bacon, qui nous apprend ce fait, dii trne le 
pendu vit d'abord des feux étincelans-, puis d'épaisses ténèbres , 
enfin un bleu pale, tel que celui de l'eau de mer, symptôme asse? 
ordinaire dans les syncopes. Memini me accepisse de gêner G so 
quedam, qui ludibundus , ex curiositate desideralat scire qua- 
lïa paterentur de patibulo suspensi ; seseque suspendit t super, 
scabellum se allevans , et deinde se dinùttens : putans etiam 
pênes se futurum ut scabellum pro arbitrio suo recuperarct , id 
quod facere non petuit ; sed tamen ab amico prœ sente adjutus 
est. Ille interrogatus quid passus esset , rctulit se dclorem non 
smsisse ; sed prim& obversatam sibi fuisse circa oculos tptcitm 
ignis et incendii , deinde cxtvemœ nigredinis sive tenebrarum ; 
postremô coloris cuj usdam cccrulei pallidicris , sive thalassiiÀ , 
qualis etiam conspicitur sape animo linquentibus. ( Histor. vit. 
et mort, ad art. 1 5. §. 34 , inter opéra Fr. Baconi , edit. Franco f. 
an. K5"<>4, col. j6o.) 11 y a environ soixante ans qu'un antre Anglois 
répéta cette folle épreuve ; il ne vit ni rouge, ni bleu , ni noir : 
il n'éprouva qne des sensations voluptueuses , qui durèrent encore 
après qu'on l'eut dé croclié. Le récit qu'il en publia n'a pas peu 
conlribué, dit-on , à accréditer chez les Angloû 1 
lu doy<m de Saint-Paul , Jean Donne , s'étoit avisé d'imprimer à 
Londres , en 1648 , une apologie du suicide , réimprimée en 166^. 



( 10) 

Une foule d'auteurs entrèrent aussi-tôt en lice pour la réfuter; 
parceque les suicides étant devenus très-fréquens , on les imputa 
à la séduction ds cet imprudent ouvrage. C'étoit lui faire trop 
d'honneur } qu'on étudie la situation du gouvernement anglois à 
cette époque , et l'on ne se méprendra pas sur la véritable cause 
de cette épidémie. Elle avoit aussi désolé Rome autrefois, et 
Horace nous apprend , quand et comment elle cessa. 

Tutus bos etenim rura perambuîat , 
Nutrit rura Cercs , almaque faustitas , 
Pacatum volitam per mare navitœ , 

Culpari metuit fides : 
Nullis polluitur casta domus stupris y 
Mos et lex maculosum edomuit nef as , 
Laudantur simili proie puerperœ , 

Culpam pana premit cornes. 

On connoît l'élégante parodie de ces beaux vers par un de nos 
meilleurs poètes. 

( z ) L'expérience faite à Prague a été décrite par Bohuslaué 
Balbinus , dans ses mélanges pour l'histoire de Bohême , imprimés 
à Prague en 1679 et années suivantes. Voici comme il la raconte : 
JXarrabat mïhi Marcus Marci , sub initio kujus sœculi , a d- 
f uisse se adhuc adolescentem , dum in hrade^an in arcis regiœ 
conspectu , capite minueretur reus a carnifice , vidisse ibi tur- 
bam medicorum ac chirurgorum ( ac nisifallor Schattonem , 
regni Bohemiœ physicum nominabat, virum medendi gloria. 
clarum , cujus laudes in Danielis Sennerti philosophiâ legun- 
tur) y pone stantium t velut grandi negotio , cperam daturos - 7 
prœsertim ckirurgos, instrumentis, emplastris, ac tœniis arma-* 
tos. Enim vero impetrarant a Çœsare rege et crdinibus y medici , 
liceret probatione cxperiri et periculum f'acere in reo , utrumne 
vita ictu illofatali tam graviter lœsa , aliquo tempore sustentarï 
posset ? Ubi ergo primàm demessum caput est } alii chirurgo- 



(il ) 

rum ( diviser ant enim officia ) truncum corpus in morne nto eîe- 
vavére, et vénas nescio quo unguento subito perunxéve ; alii mox 
caputjacens in collum reposuere , et venarum cscula venis aliis 
claudere ccnabantur ; quo tandem utcumque féliciter perfccto , 
aliis immcta corpus et caput tenentibus ; alii emplastro quo- 
dam linteolis calidissimïs colligavére ,• tum medici , ad confor- 
tandas vires vcrsi , odoratissima quœque naribus appressére ; 
sic ut jam rêvera recreari atque etiam nictare , cum totius 
populi sacundissimd vociferaticne i ne père t. Elevatus deinde 
lentissime ; et t actus magis quam ductus in vicinam domum ; 
postquam non parva vitœ indicia dedisset, inter medicorum et 
chirurgorum manu s ; sine dubio , vulnere illo debilitatus , et 
sanguine forsitan, qui si/nul effèrbuerat , et contineri jam non 
peter at, expiravit. Hœc est il/a narratio, quam nisi a viro 
tanto , tantœ autoritatis , exper'entiœ , probitatis et sim- 
plïcis veritatïs amïco , eccepissem , nunquam commemorare , 
imo nec credere potuissem. Miscel. liist. Boliera. 1. III, cap. 18. 
§. 4-pag. Z15. 

( 3 ) Saxon le grammairien, liist. Dan. lib. X , pag. 183 , parle 
des Jomsbnrgs, qu'il appelle Julinenses, et fait le plus grand éloge 
de leur intrépidité. Tantumenim virium animis eorum a natuyâ 
insitum esse fama fuerat , ut. etiam receptis in vultum icubus , 
ne levés quidem supcrciliorum motus ederent, atque adversus on- 
nepercussoris irritamentum in eedem animum habita co ruinè- 
rent. Mais les plus curieux dé l ails sur leurs lois, leurs meeurs et leurs 
actions, se trouvent dans la Jomsvtkinga saga. Je ne crois pas 
que celle saga soit imprimée j du moins M. Lindblom, qui 
a m s ère le Catalogne de toutes les sagas, dans sa traduction des 
lettres de M. de Troil sur l'Islande , page 163 , ne marque celle-ci 
que comme manuscrile ; mais T. Bartholin , dans ses Antiquiits 
Danoises, eu donne delongs fragmens ; qu'il accompagne d'il no tra- 
duction latine. U cite entre antres tous les discours des prison 
condamnés par Harald. Voici celui qui nous interresse. Bono 



C») 

ammô mortem sûbeo , /z*in ^a?c ^;nz tfz/*/fo gr^^z est; rogo 
autan ut quam citissime mihi caput amputez , nam quœstio in- 
ternas Jomsburgenses agitatafuit, utrum decollatus sensibus 
utï vahat ; itaq e cultellum manu teneo ; si eum capite ampu- 
tato tibi perrexero , signo ërit me sensibus non prorsus destitu- 
tum ; alias de manibus meis protinus decidet ; ideo quam velo- 
cissime caput amputa, quo controversiahccc dirimi queat. Tkor- 
killus expedite caput ipsi amputavït ; culter vero , ut par état , 
e manu ejus dilapsus est. Jomsvikinga saga, apud Bartliolin. 
Antifj. dan. lib. T. cap. <;. pag. 41. 

(4) An no Christ i zjjy , Ludovicus imper ator apud Mena- 
cum in B avaria consistera , edictum pacis quemdam ex militari 
génère violantem , cumfamulis quatuor , capitum truncatione 
damnavit. Ncmcn erat viri llicodoricus Schawinbourg , qui 
pœnam accepturus , jam positis in terra genubus , judicem ro- 
gavit, quatenusfamuli per ordinem ante faciem ejus statueren- 
tur , et ipse post omnes fieret in ordine ultimus , essetque inter 
singulos un a distant! a pedum ecto ; deinde sibi caput in ultimo 
consïstcntï ordine amputarctur ; et quctquct sine capite currens , 
'sibi ordine servorumfaceretposteriores, imperiali clementiâ, vitâ 
donat entur.Risït hominem j udex } atque respoudit :Etsi meœ non 
sit potestatis damnato concedere vitam, promitto apud Ccesarem 
itnpetrart illis quôd petis , que s capite amputato tuo , currens 
y cl ambulans,prcvtcrgressus fucris, Quibus auditis Theodoricus 
Icetus efjicitur et dicit: La fiât vrecor , ojudex, sicuti locutus 
es, et sptro quod nullus hodie serverum meorum morietur. 
, et cànstatis animo , spiritum jvrtijicans in semetipso , 
uMcronis ictum suscepit; amputato mox capite , in terrain non 
cecidit truncus , sed in instanti surgens cum impau , prœtcr 
singulos cucurrit servorum , et ante novissimum cecidit. Re ad 
Ors an m dclatâ , et ipsum et plures vertit in stuporem. Servis 
iruncati latronis vitâ conceditur. Triiliercmis, Annal, foi. 87. et 
ïtcrunij ejnsdcm Hirsaug. phron. lom. IL fol. 181. 



C»3) 

( y ) Je me dispense de citer les textes des légendes, fastidieux 
même à la plus excessive crédulité. Quelques auteurs ont pris la 
peine de recueillir les faits merveilleux qui s'y rencontrent. Je les 
indique plus Las dans la note 15. 

( 6 ) Je citerai deux passages de Bacon , l'un de Historia vïtee et 
moriis , l'autre de Sylva sylvarum. 

Anguillœ, Serpentes et Insecta diu meventur singulis partibus 
post concisionem , ut etiam ru stici patent partes singulas ad se 
rursus uniendum expedire. Etiam ares capitibus avulsis adtem- 
pus subsultant , quin et corda animalïum avulsa diu palpitant. 
Equidem meminimus ipsi vidisse hominis cor qui evisceratus erat 
{ supplicié génère apud nos versus proditores recepto ) , quod in 
ignem de more injectum s ait abat in altum primo adsesquipedcm 
et deinde gradatim ad minus, durante spatic, ut meminimus, sep-> 
tem aut octo minutorum. Etiam vêtus etjide digna traditio est 
de bove sub eriscerationem mugiente ; at magis certa de homint 
qui eo supphcii génère quod diximus, evisceratus } postqua; 
avulsum penitus esset, et in carnijicis manu, tria aut quatuor 
verba precum auditus est proferre, Hist. vit. et mort. col. j y 9 . 
edit. Francof. 

Quadam Animantia aliquandiu decoliata moventur, ut aves, 
tempore admodum exiguo hemo , omnesque bestiœ ; que 
motum testantur secto varias in partes corpere , ut angues , 
anguillœ , ver mes , muscœ , etc. primo itaque constat quedim- 
mediata mortis causa sit solutio aut txtinctio spirituum, des- 
tructio aut corrupùo organorum médiat a. O^gana tamen sunt 

un ab soluté adeo necessaria, ut ecrum da>tructic 
pretinus sequatur spirituum txtinctio, intervenue nte miriimi 
temporis spatio... Spïritus prœciput in capite ventriculisqùt 

i continentur , quos amples et capaces homo bcstiàqut 
h., bent , ut dissecto capite parum eut p: orsus nihil r;r 
Scd avium perpusilla sunt capïta ; idecque spiri s per 

nerves dispersij ur.de motus in Us ; ai ' diu ui 



U4) 

muscœ , anguillœ , spiritus per universum corpus dispersas 
habent , ut separatarum quoque ejus partium motus sentiatur 
Sylva Sylv. cent. 4. experim. 400. col. 839. 

(7) Hispanus quidam, cui cum dormira, caputa rustico absci- 
sumfuit, statimfere surrexit sine capite, et ensem enudavit, bis 
que aut ter eâ circumvolutâ in terrain decidit, nec amplius sur- 
rexit. Averrcës quoque % de phys. auditu , arietem sine capite 
ambulasse se vidis se récitât , etc. Septalius in Aristot. problem. 
t. II. sect. 10. n. 60. pag. \\\. edil. Francof. in-fol. 1607. 

( 8 ) Diemerbroè'ek anatom. lib. 8. cap. 1 png. 8 69. edit. Ultra- 
ject. 1671. in-4 . Ante trigenta et octo circiter annos , Leydce 
vidimus virum homicidam fortem , qui a judicibus morte con- 
demnatus et dccollatusfuit ; sed capite amputato , ac de trunco 
décide nte , mox erectus surrexit , et in pedes non nïhil substitit. 

(9) C'est Pliilostrate in Vhiloctete qui rapporte le fait d'Or- 
phée ; les deux autres se lisent dans Plilegon de Tralles , De rébus 
mirabil. cap. 1 et 3. 

(10) Aristoleles de partibus animalium, 1, III. cap. 10. « ictu etiam 
trajecta praecordia in praeliis risum attulisse proditum est , scilicet 
calore quem moveat vulnus ; lioc enim verisimilius eredi potest , 
qu m quod de capite référant , ut absci^sum loqui potuerit. Sunt 
enim qui hoc dicant , Homerumque testem adhibeant , quasi oh 
eam rem illud dixerît : 1 

Ipsequc dum lequitur miscctur pulvere vertex. 
Non enim dum ipse homo , sed dum ipse vertex , intelligi volunt. 
ïn t'errâ Caria , res adco pro verâ habita est , ut reum qucmdam 
ex incolis egerint ; cum enim Jovis Hoplosmii sacerdos esset occi- 
sas, et a quo non constarel , nonimlli sesc audivisse relulerunt^ 
capite prcesiso dieenle srcpius: Virum super Vii'O Cacidas cccidït^ 
itaque hominem cui nomen Cercidas in provincia qurcsierunt, 
etcompertum in judiciura du*exunt ; sed ilevi non potest ut caput 



(^ ) 

prœcisà arteriâ , et sine motu pulmonis loquatur ; nec apud bar- 
baros, qui capita summâ cura celeritate abscindunt , taie quid 
unquam evenisse accepimus. Ad haec in caeteris animalibus cur id 
non aliquando liât ? risum enini iis nunquam prœcordiis trajectis 
moveri consentaneum est ; cu.ni videndi vi careant : at capite 
abscisso, ne suara vocem aliquando emittant, quidnam prohibeat ? 
corpus tamen detracto capite progredi quoquam non teraere crejdi 
potest ; nain ea quidem quae sanguine carent , vel vivere diutias 
possunt truncata capite , etc. >> 

(n) Ordericus Vitalis , Histor. eccîes. lib. 4. inter liist. norman. 
scriptores antiquos ab Andréa Ducliesne editos , Paris 1619. 
pag. 5 7,6. 

a Gallevus cornes ad regem ( Guillelmum II) accersilus est, 
et pei delationem Judith uxoris sus accusatus est quod prodi- 
tionis conscius etfautor fuerit , dominoque suo infidelis extiterit... 
prsvalens concio aemulorum cjus in curia regali coalunata est... 
eumque post multos tractatus reum esse mortis deiinitum est... nec 
mora Gallevus a Normannis qui evasionera ejus valde timebant, 
sibique prasdia ejus et largos honores adipisci cupiebant, extra 
urbem Gucntara , dum adhuc populus dcrmiret, mane duclus est 
in mortem... eumque carnfices trepidarent, ne cives exciti proecep- 
tum régis impedirent, et tam nobili compatriotœ suo suffra gantes, 
regios lictores trucidarent ; Surge , inquiunt prostrato comili , ut 
nostri compleamus jnssura domini ; quibus ille ait : Paulisper ex- 
pectate propter omnipotentis Dei clementiam , saltem ut dicam , 
pro me et pro vebis orationem dominicain : illis autem permilten- 
tibus , surrexit , et flexis tantum genibus, oculisque in ccelum 
fixis, et manibustensis , Pater noster qui est incalis-palam dicere 
cœpit ; eumque ad extremum capitulum pervenisset , et ne nos 
inducas in tenta tio ne m dixisset , uberes îachrymœ cuin ejulatji 
proruperuntjipsumque preces incaeptas concludejee non permise- 
rnnt. Camirex autem ulterius praestolari noluit , sed mox exempto 
fortiter feiiens, çapnt comiiis axnputavitj porro çaput 



t'a) 

postquam prœsectum fait, cunctis qui aderant audientibus, ckrâ 
et articulatâ voce dixit, se d libéra nos a malo, amen. Sic Gallevus 
cornes apud Guentam II kal. maii an. 1073 mane decollatus est. » 

(n) Willielmus Malmesburiensis , De gestis regum anglorum, 
Hb. II. cap ij.pag. 8 8. inter rerum anglic. scriptores à Saviliio 
editos Francofurti itfoi, in fol. « Emicuit post necem beati viri 
(Eduardi régis) transacta? vitae puritas , miraculis inauditis : cnput 
a corpore lictorum sœvitiâ divisum, dumeta projicientibus Danis, 
Occuluerunt; qnod dura, cives quaererent, liostem abeuntem ves- 
tigiis insecuti , funeri regio justas soluturi inferias , jocunda Dei 
munera hausere : exanimati capitis vocem expressam , omnes ad 
se lustratores invitantis; lupum, fsram cadaveri assuetam, lacertis 
illud complexum , innoxiarn praetendere custodiam : émulera, 
more doraestici animalis, bajulos post tergum modeste ad tumbam 
secutum , nullum Ississe , a millo lœsum. esse. Tune pro tempore 
humi traditum corpus venerabile , etc. 

(13 ) Les auteurs et compilateurs qui ont pris la peine de ra- 
masser les anecdotes relatives à notre question , sont Jer. Drexe- 
lius, dans un de ses petits livres, qui a pour titre : Prodromus 
ecternitatis ; Arnold Raissius, De peristromatis sanctorum\ 
Heur. Kornmann, et Cliret. Fred.Garmann, De miraculis mortuo- 
rum ; Gasp. a Reies , Campus Elysius ; Baltli. Boniface , Historia 
ludicra, etc. Je trouve dans ce dernier une bien singulière assertion : 
Nos ipsi, non semel et vidimus et audivimus capita reorum a cer- 
yicibusrcparata , re» 2pT*g* , ^ r*V ®u\Ua invocantia. ]ib , 1. , 
cap. y , png. y. Il a vu , dit-il, et entendu plus d'une fois; quel 
témoin! 

(14) Marcus Marci a Kronland , Philos, vet. restitut. par. IV. 
sect. i.pag. 404. edit. Francof. 1676. in-4 . " Suppono partem 
unam sensu vitâque destitui posse , reliquo corpore salvo et inco- 
lurai ; et e contra , superstite vitâ unius membri , corpus reliqnum 
mon. Id laanifestiiin in utero , qui exseclus , vitae motûsque indi- 



(*7) 

cia non semel exhibait : quin etiam longé post mortem, partu fait 
solutus. » 

(15) Marc Marci , ibid , pag. 405 , " haesitationem liane toîlit 
Lucretia Anconitana mulier supra modum delicata , qua? nostri 
memoriâ , ob vitam maie actam capitis supplieium luit. I 
vero e reîiquo corpore avuisum, ter nomen Jesu inclamavit. Cura 
ergo partes corporis organici per ideas séminales sint constituta? ; 
ab iisdem quoque conservantur , quonsque manet taie mixtum,- 
suasque proprîetates , hoc e^t ideas secundas ideis seminalibus 
annexas , et ad essentiam ejusdem mixti pertinentes illssas ser-* 
vaut... Quoniam vero in corpore mortno aliqnid vita? sup 
dixi, cujus ratione sympatliia et antipatbia liât; tanto magis 
locum Labet in sanguine , qui omnium primo vivit , omnibusque 
aliis vitam induit, eïc » 

(16) Un témoin oculaire de l'exécution de Marie Stu art , en 
écrivit les détails au chevalier Guillaume Cécile ; la relation de ce 
t hnoin , restée long-tems en manuscrit , a été publiée par C 
Hovrard ; elle est aussi simple que touchante ; en voici la fin : 
m La reine d'Ecosse , avec un 1 au-dessus de son - 

genouilla sur le coussin en s'écriant en latin , In te Domine 
» confido , non confundar 1 , se traînant jus- 

» qu'au billot ; elle y posa sa tête , en tenant de ses deux mains 
;> ses cheveux en dehors ; et , après avoir crié deux ou trois fois 
» in ma.'ïus , l'un des exécuteurs , au second coup , lui abbattit 
» la t>'le >>. Ce témoin ne dit rien du mouvement des lèvres, mais 
il est consigné dans plusieurs relations qui paraissent authen- 
tiques. Jp me borne à citer ce ru' 

tm in s* t latice , reginœ Se 

uni labia diu movït , os nemi e diUtando et con- 
... Barthol. Keckerman. Sy stematisphysici, lib. III. 
). col. iji6. operum tom. i.edit. Gencv. 1614. in-fol. 
. rai ici qu'en dépit de to: 



(ai ) 

par la jalouse Elisabeth , pour cacher sa haine sous le masque des 
crimes qu'elle impuloit à Marie , l'innocence de cette infortunée 
n'est plus un prohlême. M. Witaker a publié son apologie à 
Londres eu 1787, deux siècles précisément après sa mort. Il y dé- 
montre la supposition des lettres à Bothwel , il y démontre que 
jamais elle ne fut sa complice ; lui seul assassina Henri , s'empara 
cîc sa veuve, la retint prisonnière à Dumbar, et la contraignit à 
l'épouser. • 

(17) Il est écrit dans la Genèse , chapitre IV : » Le seigneur dit 
?> à Gain : Où est ton frère Abel ? Caïn répondit : Je ne sais j est- 
» ce que je suis le gardien de mon frère ? le seigneur lui répartit , 
» qu'as-tu fait ? la voix du sang de ton frère crie vers moi de des- 
î> sus la terre j>. Ce sont ces derniers mots , trop littéralement in- 
terprétés, qui ont donné naissance à l'opinion singulière de la 
Crue rit ation des Cadavres. On se persuada, que le sage auteur de 
la nature avoit créé un invisible témoin, qui, malgré la clandesti- 
nité du crime , déposât contre le coupable , et lui ravît l'espoir de 
l'impunité. Ce témoin, c'étoit le sang glacé dans les veines du ca- 
davre , qui même après plusieurs jours devenoit fluide , et couloit • 
des plaies à l'approche de l'assassin. Cette opinion étoit accrédi- 
tée , non-seulement chez les Juifs, mais elle a régné chez les Grecs 
et les Romains; elle existoit, sinon comme preuve, au moins comme 
indice , dans tous les tribunaux de l'Europe, il y a deux cents ans - 
et le nombre des écrivains qui l'ont discutée est immense. "Voici 
ceux qui m'ont paru les plus intéressans. Pierre Grégoire de Tou- 
louse , Sy Magma jurïs universi ; Paul Zacchias, Qucrstiones 
médico-légales ; Vincent Mosles , Philosophia naturalis S. 
cerporis Christi ; Henri Kornmann , et Chrétien Frédéric Gar- 
mànn , De miraculis mortuorum ; Gaspard Schott , Thysica cu- 
ries a ; André Libavins , de cruentatione cadaverum. C'étoit un 
préjugé , sans doute ; mais n'existe-t-il donc de préjugés que pour 
favoriser l'erreur et protéger le crime ! n'en est-il pas au contraire 
qui servent d'appui à la vérité et de rempart à l'innocence? Le 



(*9) 

philosophe qui les proscrit tous indistinctement , connoit "bien peu 
le caractère des hommes et l'art de les gouverner .... Quand l'ori- 
gine du jeu des échecs seroit ignorée , la seule pièce du fol décé- 

leroit que ce jeu L-st oriental O Grecs ! disoit le sage égyptien 

à Solon, vous êtes toujours enfansl 

( 18 ) Mon intention étoilde donner ici l'analyse de ces anciens 
systèmes dont je parle , pour faire sentir leur intime liaison avec 
le sujet de ma lettre : mais la brièveté d'une note ne permet pa9 
les détails qu'exigeroit l'exposition la plus simple delà Cosmogonie 
Egyptienne , d'où sont dérivées toutes ces hypothèses. Cétoit au- 
près des sages de Memphis, que Pythagore avoit appris, qu'il exis- 
toit un équilibre moral , dont les lois , non moins infaillibles que 
celles de l'équilibre physique , unissoient le ciel avec la terre , 
l'homme avec la divinité , et fermoient l'harmonie de l'univers. La 
philosophie moderne , sous prétexte de nous affranchir du joug 
de la superstition , a détruit tous ces rapports ; et bornant ses 
regards , ses observations , ses expériences aux objets terrestres , 
n'admet rien que ce qui tombe sous les sens. Il seroit trop injuste* 
de lui dérober la gloire d'avoir mieux connu les élémens de la ma- 
tière , la composition des mixtes , l'art de les diviser et de les réunir. 
A cet égard , elle paroît avoir tout l'avantage sur l'ancienne philo- 
■' Sophie ; mais ne s'élevant jamais jusqu'à la région intellectuelle, 
elle ne peut connoître la chaîne qui unit tous les êtres , et moins 
encore cette ame qui imprime le mouvement à la matière , qui 
règle le cours des sphères célestes , et maintient l'ordre ,1a beauté , 
l'harmonie dans toutes les parties de ce vaste univers. La question 
la plus simple sur l'ame humaine ne peut être résolue que d'après 
les principes de la vraie philosophie. Je n'ai donc pas eu tort d'y 
rappeler ceux qui entreprendraient de traiter dans toute son 
•tendue la thèse que j'ai très-légèrement effleurée.